Comment s’appelle le serment des infirmiers ?
Le serment des infirmiers porte le nom de serment de Florence Nightingale, ou Nightingale Pledge en anglais. Rédigé en 1893, ce texte n’a pas été écrit par Nightingale elle-même mais par un comité dirigé par Lystra Gretter, une instructrice de l’école d’infirmières du Harper Hospital de Detroit. Le texte s’inspire directement du serment d’Hippocrate des médecins, transposé aux réalités du soin infirmier.
Statut juridique du serment infirmier en France
Le serment de Florence Nightingale n’a aucune valeur juridique en droit français. Contrairement au serment d’Hippocrate, qui bénéficie d’une reconnaissance symbolique forte dans la pratique médicale, le serment infirmier n’est pas intégré dans le Code de la santé publique.
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L’engagement éthique des infirmiers repose en France sur le Code de déontologie infirmier, codifié aux articles R.4312-1 et suivants du Code de la santé publique. Ce code est entré en vigueur par le décret n°2016-1605 du 25 novembre 2016. Il constitue la charte officielle qui régit les obligations professionnelles.
Nous observons donc une distinction nette entre deux registres. Le serment de Nightingale relève du symbole, de la tradition cérémonielle transmise lors des remises de diplômes. Le Code de déontologie, lui, relève du droit : sa violation peut entraîner des sanctions disciplinaires prononcées par l’Ordre national des infirmiers.
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Texte du serment de Nightingale : contenu et engagements
Le texte original du Nightingale Pledge engage le professionnel sur plusieurs axes précis. Il ne s’agit pas d’une déclaration vague de bonnes intentions mais d’un cadre structuré autour d’obligations concrètes.
- Vivre dignement et exercer fidèlement sa profession, ce qui pose un lien direct entre conduite personnelle et exercice professionnel.
- S’abstenir de tout ce qui est « délétère et dangereux », formulation qui couvre aussi bien l’erreur médicamenteuse que la négligence dans les soins.
- Maintenir et promouvoir les standards de la profession, ce qui implique une obligation de formation continue et de vigilance sur la qualité des pratiques.
- Tenir secret les problèmes personnels confiés par les patients ainsi que les problématiques familiales découvertes dans le cadre de la pratique, préfigurant le secret professionnel tel qu’il est codifié aujourd’hui.
- Aider le médecin « avec loyauté » et se consacrer au bien-être des patients confiés.
La référence à Dieu dans le texte original (« je prête solennellement serment devant Dieu ») reflète le contexte religieux de la fin du XIXe siècle. Plusieurs écoles ont depuis adopté des versions laïcisées qui suppriment cette mention.
Différences entre le serment de Nightingale et le serment d’Hippocrate
L’analogie entre les deux serments est fréquente, mais elle masque des écarts structurels. Le serment d’Hippocrate date de l’Antiquité grecque, tandis que le Nightingale Pledge a été conçu à la fin du XIXe siècle dans un contexte de professionnalisation des soins infirmiers.
Le serment d’Hippocrate s’adresse à un praticien autonome dans ses décisions thérapeutiques. Le serment de Nightingale, lui, inscrit l’infirmier dans une relation de collaboration avec le médecin. Cette subordination explicite reflétait la hiérarchie hospitalière de l’époque, un aspect que la profession a largement dépassé depuis.
Sur le plan de la portée, le serment d’Hippocrate a été réécrit à de nombreuses reprises et reste prononcé par la majorité des médecins en France. Le serment de Nightingale n’est prononcé que dans certaines écoles, sans aucune obligation réglementaire. En Belgique, par exemple, il n’existe pas de serment infirmier unique officiel au niveau fédéral.
Révisions contemporaines du serment infirmier
Le texte de 1893 ne mentionne ni les droits des patients, ni le consentement éclairé, ni la dimension environnementale des soins. Ces lacunes ont conduit plusieurs institutions à proposer des versions actualisées.
Le Conseil international des infirmières (ICN) a révisé son Code d’éthique (version 2021, avec compléments en 2023) pour y intégrer des notions absentes du texte originel. Dans plusieurs pays francophones, des réflexions sont en cours pour inclure la justice climatique et la durabilité des soins dans les engagements éthiques de la profession.
En France, le Code de déontologie infirmier joue ce rôle de mise à jour permanente. Les articles R.4312-1 à R.4312-93 couvrent des domaines que le serment de Nightingale ne pouvait anticiper : information du patient, refus de soins discriminatoires, obligation de signalement, indépendance professionnelle vis-à-vis des intérêts commerciaux.
Cérémonie de remise de diplôme et tradition du serment
Dans de nombreuses écoles de formation en soins infirmiers, la proclamation du serment de Florence Nightingale reste un moment symbolique fort lors de la cérémonie de fin d’études. Les étudiants prononcent le texte collectivement, parfois accompagnés d’un rituel de la lampe (en référence à la lampe que Nightingale utilisait lors de ses rondes nocturnes pendant la guerre de Crimée).
Cette tradition persiste notamment dans les écoles d’Afrique francophone et en Belgique. En République démocratique du Congo, des cérémonies récentes ont vu des promotions entières s’engager publiquement à travailler dans le respect de la déontologie infirmière en prononçant ce serment.

Le serment de Florence Nightingale reste un repère identitaire pour la profession infirmière, même là où il n’a aucune force contraignante. Sa valeur tient moins à son texte – daté sur plusieurs points – qu’à la fonction qu’il remplit : marquer l’entrée dans une profession où l’éthique n’est pas optionnelle. Le cadre juridique réel, lui, se trouve dans les codes de déontologie nationaux et dans les textes de l’Ordre des infirmiers.